Objet de la vente

 

Un trésor apparaît pour la première fois sur le marché de l’art


C’est peut-être cet air paisible, cette tranquillité, l’ancrage étonnant de cette petite fille, dont le visage dévoile une maturité toute particulière, ou encore cette moue si sage, qui a donné envie à Albert Anker de l’immortaliser à Donatyre en 1885, alors qu’elle n’a que trois ans.

Le portrait de Noemi Sutter, depuis cet instant, est certainement resté accroché à un mur, a peut-être même voyagé, traversant les décennies, avec toujours ce même regard, ce léger strabisme à peine perceptible, cette force impassible, ayant raison du passage du temps et du décès de la « petite fille » en 1975.

En 1981 à Anet, le 24 heures couvre l’exposition consacrée au 150e anniversaire de l’artiste, où plus de trois cents œuvres sont présentées. L’exposition ayant atteint un nombre record de 90 000 visiteurs, on peut y lire : « ils sont tous là ces enfants blonds aux joues rouges, ces jeunes filles aux longues tresses et ces vieillards paisibles qui ont fait le tour de l’Helvétie ». Ils sont des réminiscences de l’œuvre d’Anker et de Noemi Sutter.

Ce portrait de petite fille apparaîtra pour la toute première fois sur le marché de l’art le 5 juin 2018 à l’occasion de la vente d’été de DognyAuction à l’Espace Montelly à Lausanne.

Anker, c’est l’harmonie, la rêverie nostalgique, la chaleur familiale. C’est aussi le déploiement d’une œuvre sans contrainte - fruit de la maîtrise saisissante de sa technique -, l’accessibilité de ses sujets dans lesquels on peut lire. C’est surtout l’écoute, l’empathie et de l’ouverture au monde d’un artiste.  

L’enfance est un thème incontournable de son œuvre. Notre petite fille, de bonne famille - en témoignent la collerette de sa robe et ses rubans en satin bleu – est autre que sa peinture de genre ou de situation, plus populaire. Notre portrait s’intéresse plus à l’intériorité du sujet qu’à son activité. La sensibilité de l’artiste exprimée à travers ce visage caressé par la lumière nous renvoie vers notre propre enfance, dans un univers d’images paisibles et sans conflits.

Anker était personnellement attaché à l’enfance. Il avait, de surcroît, été désigné membre de la commission scolaire de son village natal, Anet. Aujourd’hui, il est l’un des plus importants créateurs de représentations enfantines (il réalise plus de 250 tableaux d’enfants) dans la peinture européenne du XIXe siècle.

Entre 1857 et 1880, il acquiert sa technique dans l’atelier parisien du Vaudois Charles Gleyre, qui forme également d’autres grands noms tels que Renoir ou Monet. Évitant tout excès et les effets faciles, il disait : « Il n’y a que la perfection du dessin qui puisse servir de fondement à la peinture ».

La modestie de l’artiste (n’ayant pas souhaité d’exposition personnelle de son vivant) démarque son œuvre et sa force de caractère. Il exerce son métier de façon traditionnelle, restant dans un discours réaliste, quand autour de lui, les mouvements avant-gardistes parisiens foisonnent.

Exposant régulièrement au Salon de Paris depuis 1859, il y reçoit la médaille d’or en 1866. En 1878, il organise la section suisse de l'Exposition universelle de Paris, et est nommé Chevalier de la Légion d'honneur. En 1879, ses toiles font partie des œuvres exposées lors de l’inauguration du Kunst Museum de Berne.

Étant l’un des rares et des plus prodigieux peintres réalistes du XIXe siècle, Anker a atteint une considération internationale. Son œuvre, attirant de plus en plus de collectionneurs, ne cesse de faire rêver du temps passé.